Un mois et demi après la tragédie du réveillon à Crans-Montana, la douleur reste vive. Quarante et une victimes et 150 blessés, un drame qui a secoué toute la Suisse. Mais l’émotion s’accompagne d’interrogations : comment un établissement comme le Constellation a-t-il pu échapper à tout contrôle pendant plus de cinq ans ?
Le Constellation, dirigé par le couple Moretti, n’avait pas été inspecté depuis mai 2019. France Info a obtenu les procès-verbaux des auditions des responsables de la sécurité incendie. Ces documents jettent une lumière crue sur les manquements et la négligence administrative.
Ken Jacquemoud, ancien chef de la sécurité incendie, et Christophe Balet, son successeur, ont été entendus les 6 et 9 février. Face à magistrates et avocats, ils ont expliqué pourquoi leurs inspections n’avaient jamais été complètes.
Ken Jacquemoud raconte : « Quand j’ai commencé, j’étais seul. » Il a tenté de former une équipe, mais les ressources étaient limitées. « J’ai multiplié les alertes », précise-t-il. Il avait même présenté un document comparant ses missions légales avec ce qu’il parvenait réellement à accomplir.
Christophe Balet confirme la surcharge de travail. « On planifie un maximum de visites en sachant qu’on ne suit pas l’ordonnance », affirme-t-il. Selon les deux responsables, cette situation était connue des Moretti et des autorités locales.
À lireUn immense incendie provoque un énorme panache de fuméeKen Jacquemoud lâche : « Ils étaient tous au courant. » Même le président de la commune, Nicolas Féraud, savait que le service manquait de moyens. Pourtant, il affirmait aux médias ne pas comprendre l’absence de contrôle.
Mauvaise gestion, formation insuffisante et matériau dangereux
Le blocage administratif a amplifié la crise. En janvier 2025, la commune a instauré le plan « Personal Stop », interdisant toute création de poste supplémentaire. Les inspecteurs devaient se débrouiller avec l’équipe existante. Ken Jacquemoud explique : « Ils nous disaient de tous faire de notre mieux. On devait contrôler au moins les hébergements. » Les bars et restaurants, comme le Constellation, étaient une priorité secondaire.
Un autre élément a choqué les magistrates : la fameuse mousse acoustique qui a transformé le bar en brasier. Les deux responsables ignoraient que le matériau était extrêmement inflammable. Ils n’avaient reçu aucune consigne pour vérifier sa présence lors des inspections. Les nouvelles directives n’ont été transmises qu’après la catastrophe.
La formation des responsables pose également question. Bien que pompiers reconvertis, Ken Jacquemoud et Christophe Balet n’étaient pas pleinement qualifiés. L’un était diplômé bûcheron, l’autre garagiste, et n’avait pas validé le brevet de sécurité incendie. Christophe Balet n’a jamais repassé l’examen.
Malgré ces lacunes, Ken Jacquemoud exprime sa compassion : « Toutes mes pensées vont vers les victimes et les intervenants qui ont vécu l’horreur. » Les deux hommes restent libres, mais leurs auditions soulignent un mélange de négligence administrative et de manque de préparation.
Ce drame révèle des failles dans la gestion de la sécurité incendie à Crans-Montana. Les lacunes de formation, la surcharge des équipes et l’ignorance des matériaux dangereux ont contribué à une tragédie évitable. L’opinion publique et les familles des victimes attendent désormais des réponses et des mesures concrètes.
À lireUn rodéo urbain mortel fait une victime de 79 ansLa question reste posée : les autorités locales et cantonales prendront-elles les mesures nécessaires pour éviter qu’un tel drame se reproduise ? Les auditions montrent que les alertes existaient, mais qu’elles n’ont pas été suivies d’effet. La transparence et le renforcement des contrôles s’imposent pour restaurer la confiance dans la sécurité des établissements publics.
