Le spectre d’une crise énergétique plane sur l’Europe. Donald Trump met la pression sur l’Union européenne. Son message est clair : ratifier l’accord commercial Turnberry ou perdre l’accès « privilégié » au gaz naturel liquéfié américain. La tension monte à quelques jours du vote au Parlement européen, prévu jeudi 26 mars.
Selon le Financial Times, l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Andrew Puzder, a averti que toute modification des droits de douane pourrait menacer le volet énergétique de l’accord. « Si Turnberry n’est pas mis en œuvre, nous reviendrons à la case départ », a-t-il déclaré.
Le président américain fixe un ultimatum : l’UE doit appliquer l’accord tel qu’il a été conclu, sans ajustement, sous peine de voir ses livraisons de GNL limitées.
Le timing ne pourrait pas être plus sensible. La concurrence mondiale pour le GNL s’intensifie. Le Qatar, qui produit un cinquième du GNL mondial, a interrompu ses exportations après le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran.
Même si seulement 10 % du GNL destiné à l’Europe transitaient par ce détroit, le continent reste vulnérable à la concurrence mondiale. Certains États, comme l’Italie, dépendaient jusqu’à un tiers de leurs importations de GNL du Qatar.
À lireTensions dans le Golfe : ultimatum de Trump après la proposition de paix de l’IranLes États-Unis sont devenus le principal fournisseur de GNL pour l’Europe. Leur part est passée de 5 % en 2021 à près de 60 % aujourd’hui. Cette hausse résulte de la volonté européenne de réduire la dépendance au gaz russe. Même si, au global, le gaz américain représente environ 25 à 30 % des importations européennes, le rôle stratégique du GNL américain devient déterminant.
Une ratification européenne sous haute tension
L’accord de Turnberry, conclu le 27 juillet dernier en Écosse, prévoit que l’UE achète pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine d’ici 2028. Il inclut le GNL, le pétrole et les technologies nucléaires civiles. Andrew Puzder a rappelé : « Si les États membres veulent survivre économiquement, ils ont besoin d’énergie, et nous pouvons la leur fournir. »
Malgré cette pression, l’UE a pris du retard dans la ratification. Plusieurs facteurs expliquent ce délai. Les menaces passées de Trump d’envahir le Groenland ont inquiété certains eurodéputés. La décision de la Cour suprême américaine, qui a invalidé la plupart des droits de douane instaurés par Trump en 2025, a aussi freiné le processus.
Le 19 mars, la commission européenne a finalement donné son feu vert en commission, mais avec des réserves. Elle exige des clarifications sur les impacts de la Cour suprême et conditionne la suppression des droits de douane à la garantie du respect des engagements américains. Une clause de sauvegarde a été introduite pour limiter la taxation des produits européens à 15 %, comme convenu par Washington.
Parallèlement, la Maison Blanche a lancé de nouvelles enquêtes commerciales, ciblant l’UE. Ces investigations pourraient déboucher sur de nouveaux droits de douane et compliquer encore les négociations.
Le texte doit maintenant franchir le vote en plénière au Parlement européen jeudi 26 mars. L’Europe se retrouve face à un choix stratégique : sécuriser l’accès au GNL américain ou risquer de perdre son avantage énergétique dans un contexte de concurrence mondiale accrue.
À lireHantavirus : alerte sanitaire après plusieurs cas et hospitalisations en EuropeCette situation rappelle que l’énergie et le commerce sont intimement liés à la géopolitique. Chaque décision peut peser lourd sur les marchés et sur la stabilité énergétique du continent. L’ultimatum de Trump pourrait redessiner l’équilibre énergétique européen et mettre en lumière les dépendances critiques à l’ère des tensions internationales.
Face à ce scénario, la communauté européenne observe, débat et pèse chaque risque. Le vote de jeudi déterminera la suite de cette relation commerciale et l’avenir de l’approvisionnement en énergie du continent. Les prochains jours s’annoncent cruciaux pour l’Europe et son accès au gaz américain.
