Expulsée d’une plage à cause de son burkini : l’incident qui relance la polémique en France

  Après l’intervention des policiers municipaux et des gendarmes à Carry-le-Rouet, le débat sur le burkini, les libertés individuelles et les arrêtés municipaux refait surface.

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Une simple journée à la plage s’est transformée en vive controverse sur la côte méditerranéenne. Le 2 juillet dernier, à Carry-le-Rouet, une jeune femme de 18 ans a été empêchée de se baigner en burkini par des policiers municipaux puis par des gendarmes.

Depuis, cette affaire suscite de nombreuses réactions et remet sur le devant de la scène un débat qui oppose depuis plusieurs années défenseurs des libertés individuelles et partisans des restrictions.

Ce jour-là, cinq habitants de Marseille profitent d’une sortie en famille sur cette plage des Bouches-du-Rhône. Parmi eux se trouve une jeune femme portant un burkini. Quelques minutes après son arrivée dans l’eau, des policiers municipaux interviennent.

Son frère jumeau, Islan, raconte la scène. Selon lui, les agents utilisent un sifflet pour lui demander de sortir de l’eau. Face à l’incompréhension de la famille, les policiers expliquent que cette tenue de baignade ne respecte pas la réglementation municipale.

« On arrive, ma sœur va se baigner, deux policiers municipaux utilisent un sifflet et disent qu’elle ne peut pas nager. On lui demande pourquoi, ils répondent qu’elle n’a pas le droit de s’habiller comme ça, son vêtement n’est pas acceptable », explique-t-il.

Rapidement, la situation attire l’attention des autres vacanciers. Certains tentent d’apaiser les tensions. D’autres soutiennent l’interdiction du burkini. Le climat se tend progressivement sur la plage.

Une intervention des forces de l’ordre qui marque durablement la famille

Face au refus de quitter les lieux, les policiers municipaux demandent du renfort. Leur nombre augmente rapidement. Puis les gendarmes arrivent à leur tour.

Selon Islan, près d’une dizaine de représentants des forces de l’ordre se retrouvent sur place. Les autorités évoquent alors une possible contravention si le groupe refuse de partir.

La famille choisit finalement de quitter la plage. Une autre femme portant également un burkini décide elle aussi de partir.

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Pour le jeune homme, la colère est rapidement retombée. Sa sœur, en revanche, continue de subir les conséquences de cet épisode.

« Moi, sur le moment, j’avais les nerfs, maintenant ça ne me préoccupe pas. Ma sœur, elle, le vit mal. Elle n’ose plus sortir, communiquer avec les gens, elle évite d’aborder le sujet, elle ne veut plus se baigner. »

Ces quelques mots illustrent l’impact psychologique que peut provoquer une telle situation. Derrière la polémique juridique, une réalité humaine apparaît également.

Cette affaire repose sur un arrêté municipal adopté à Carry-le-Rouet. Le texte interdit certains vêtements de baignade couvrant l’ensemble du corps, des bras, des jambes et de la tête.

La municipalité justifie cette mesure par des considérations de sécurité. L’article concerné évoque notamment des questions liées à la flottabilité des baigneurs et aux éventuelles difficultés rencontrées par les sauveteurs lors d’interventions en mer.

Burkini : un sujet au cœur d’un bras de fer juridique depuis plusieurs années

Le débat dépasse largement les frontières de Carry-le-Rouet. Depuis plus d’une décennie, plusieurs communes françaises adoptent régulièrement des arrêtés visant à interdire le burkini sur les plages ou dans les piscines municipales.

Chaque décision déclenche alors des recours devant les tribunaux administratifs.

En juillet 2023, le Conseil d’État a suspendu un arrêté municipal pris à Mandelieu-la-Napoule. La plus haute juridiction administrative française a estimé que cette mesure portait une atteinte « grave et illégale » à plusieurs libertés fondamentales, notamment la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle.

À l’inverse, une autre décision a marqué les esprits en juin 2022. Cette fois, le Conseil d’État a validé l’interdiction du burkini dans les piscines municipales de Grenoble. Le juge a considéré que la dérogation accordée à certaines tenues de baignade pouvait perturber les règles de fonctionnement du service public.

Ces décisions illustrent toute la complexité du dossier. Chaque situation dépend du contexte, du lieu concerné et des arguments avancés par les collectivités.

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La Ligue des Droits de l’Homme suit de près ces affaires. L’organisation conteste régulièrement les arrêtés anti-burkini devant les juridictions administratives.

L’avocate Marion Ogier, membre du comité national de la LDH, dénonçait déjà cette situation en septembre 2024 :

« Malgré la jurisprudence du Conseil d’Etat, qui est extrêmement claire, on assiste chaque année à plusieurs épisodes dans lesquels les maires interdisent le port (du burkini) pour des motifs qui sont totalement illégaux mais maintiennent leur interdiction en toute connaissance de cause (…) »

Elle ajoutait également :

« Lorsque les maires interdisent des comportements en application de leur pouvoir de police administrative, ça ne doit être qu’en fonction de règles rationnelles, objectives. Les idées, les opinions ne peuvent pas l’emporter sur le droit ».

Aujourd’hui encore, le burkini continue de cristalliser les tensions. Questions de sécurité, principes de laïcité, liberté religieuse, droits individuels ou cohésion sociale : autant de sujets qui alimentent un débat loin d’être terminé.


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