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Le philosophe, sociologue et essayiste français Edgar Morin est mort à l’âge de 104 ans. Son épouse, Sabah Abouessalam Morin, a confirmé son décès survenu vendredi.
Figure majeure de la réflexion contemporaine, il laisse une œuvre abondante qui réunit histoire, philosophie, sociologie, sciences et anthropologie. Durant plus de huit décennies, il a défendu la pensée critique, le dialogue entre les disciplines et la lutte contre toutes les formes d’intolérance.
Le président Emmanuel Macron a salué sa mémoire en évoquant « un humanisme incarné » ainsi qu’un esprit curieux qui n’a jamais cessé d’éclairer les débats publics.
Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin continuait de partager ses analyses sur les grands défis du XXIe siècle, notamment le changement climatique, les conflits internationaux et les transformations des sociétés.
Une carrière marquée par la réflexion et l’engagement
Né Edgar Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris, au sein d’une famille juive séfarade originaire de Thessalonique, il connaît très tôt une épreuve qui marque profondément son existence. Sa mère meurt lorsqu’il a dix ans. Sa famille lui cache cette disparition durant plusieurs semaines. Des années plus tard, il qualifiera cet événement de « Hiroshima personnel ».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la Résistance sous le nom de Morin. Après avoir intégré le Parti communiste en 1941, il prend progressivement ses distances avec cette idéologie.
En 1959, il publie Autocritique, un ouvrage dans lequel il revient sur son exclusion du parti et reconnaît plusieurs erreurs de jugement, notamment son soutien initial à Staline.
À lireZinédine Zidane devient grand-père : la famille s’agrandit avec la naissance de la petite SiaChercheur de formation, Edgar Morin refuse pourtant de limiter son travail à une seule discipline. Il préfère le terme de « humanologue », convaincu que la compréhension de l’être humain exige de relier philosophie, psychologie, biologie, ethnographie et sociologie.
Cette vision nourrit toute son œuvre, dont La Méthode, Introduction à la pensée complexe, La Tête bien faite ou encore Leçons d’un siècle de vie, traduites dans de nombreuses langues.
Son influence dépasse largement le monde universitaire. Docteur honoris causa de trente-huit universités étrangères, dont plusieurs situées au Mexique, au Brésil, en Colombie, au Chili et en Espagne, il inspire des générations de chercheurs, d’enseignants et d’intellectuels.
Un héritage intellectuel qui dépasse les frontières
Edgar Morin marque également l’histoire du cinéma documentaire. En 1961, avec le réalisateur Jean Rouch, il réalise Chronique d’un été. Ce film donne naissance au « cinéma vérité » une approche novatrice.
Qui privilégie les échanges spontanés avec des citoyens ordinaires. À travers une simple question sur le bonheur, le documentaire fait émerger des réflexions sur les inégalités sociales, le racisme et le colonialisme.
À partir des années 1970, il alerte sur les conséquences d’une croissance économique sans limites. Il prend aussi position sur plusieurs sujets sensibles, dont le conflit israélo-palestinien.
En 2002, un article cosigné provoque une vive polémique et entraîne une plainte pour antisémitisme. La plus haute juridiction française lui donne finalement raison.
Même après cent ans, Edgar Morin poursuit son travail d’écriture. Son dernier livre paraît en 2025. Il y met en garde contre le réchauffement climatique.
À lireUne voiture roule à contresens sur l’autoroute, le drame fait deux morts et plonge une famille dans l’horreurLa montée des nationalismes et les menaces qui pèsent sur les démocraties. En 2021, il affirme craindre que l’humanité avance vers un précipice, tout en refusant de céder au fatalisme.
Sa disparition marque la fin d’un parcours exceptionnel. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, pionnier de la pensée complexe, créateur du cinéma vérité et auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits dans plusieurs langues.
Edgar Morin laisse une empreinte durable sur la philosophie, les sciences humaines et le débat public. Jusqu’à ses derniers instants, il est resté fidèle à son ambition de relier les savoirs afin de mieux comprendre la condition humaine et les grands défis de notre époque.
