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L’accord de libre-échange du Mercosur soulève de nombreuses questions en France. Avec sa signature prévue le 17 janvier par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, certains consommateurs s’inquiètent de l’arrivée de viande brésilienne ou argentine dans leurs rayons. Les éleveurs français, eux, sont déjà sur le pied de guerre.
Le vote à Bruxelles le 9 janvier a scellé l’accord, malgré l’opposition de la France, de l’Autriche, de l’Irlande, de la Pologne et de la Hongrie. Ces pays ont exprimé leur désaccord, mais leur vote n’a pas suffi à inverser la majorité.
Les grandes surfaces assurent que la viande d’Amérique du Sud ne sera pas immédiatement présente, mais certains experts alertent sur une possible montée des importations à moyen terme.
Marine Colli, spécialiste des politiques agricoles, explique : « Si la production continue de baisser, que la consommation se maintient et que les importations augmentent, on pourrait retrouver davantage de viande du Mercosur dans nos rayons ».
Elle précise que cela concernerait notamment le rumsteck et l’aloyau, des morceaux nobles dont le prix dépasse souvent celui des pièces produites en Amérique du Sud. Cette concurrence pourrait peser sur les éleveurs européens et bouleverser le marché local.
Plats préparés et transparence : le point sensible
Les consommateurs peuvent se rassurer sur la viande fraîche, qui devrait rester européenne. Le vrai risque concerne les plats préparés vendus en supermarché. Thierry Cotillard, président d’Intermarché, affirme que les produits de marque distributeur ne contiendront pas de viande sud-américaine. Reste à savoir ce qu’il en est pour les marques nationales.
Pour garantir la traçabilité, un programme appelé Origin’Info pourrait devenir obligatoire. Il permettrait aux consommateurs de connaître l’origine exacte de la viande présente dans leurs assiettes. Olivia Grégoire, députée, avait déjà proposé cette mention. Thierry Cotillard estime que cette mesure renforcerait la confiance et la transparence.
À lireRappel sanitaire chez Leclerc : cette viande présente un risque sérieuxLe président d’Intermarché pointe également du doigt les cantines scolaires. Selon lui, il faudrait aligner le discours sur la souveraineté alimentaire avec les pratiques d’achat. « Vos enfants pourraient demain manger du poulet brésilien », avertit-il. L’enjeu dépasse la grande distribution : il touche à l’éducation alimentaire et aux choix des collectivités.
Une concurrence qui inquiète les éleveurs
L’arrivée possible de viande du Mercosur met en lumière la différence de conditions d’élevage. Les bovins sud-américains bénéficient de coûts de production inférieurs, ce qui pourrait rendre leurs morceaux plus compétitifs face aux produits français. Les éleveurs locaux redoutent une baisse des prix et une pression accrue sur leur modèle économique.
Les consommateurs devront donc être attentifs aux étiquettes et privilégier les produits locaux s’ils souhaitent soutenir l’élevage français. Les discussions autour de l’accord Mercosur et de ses implications pour le marché de la viande continueront de nourrir les débats dans les semaines à venir.
Pour l’instant, la prudence reste de mise. Les supermarchés, les industriels et les autorités devront communiquer clairement pour éviter toute confusion et garantir la transparence auprès du public. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la viande brésilienne ou argentine s’invitera réellement dans nos assiettes.
